Depuis l’année dernière, Helpcode s’efforce de protéger les droits des mineurs le long des routes migratoires, où les enfants et les femmes paient le prix le plus élevé, se trouvant dans une situation de grande vulnérabilité. C’est pourquoi nous avons décidé en janvier 2017 d’ouvrir un bureau de coordination à Tunis à partir duquel nous pourrions gérer de nouvelles interventions en Afrique du Nord et coordonner à distance les interventions humanitaires en Libye.

La Tunisie, qui était au centre du « Printemps arabe » en 2011, traverse une nouvelle période de protestations et d’insatisfaction. Ces derniers mois, dans plusieurs villes tunisiennes, de violentes protestations se sont produites contre les nouvelles mesures d’austérité imposées par le gouvernement, auquel il est reproché d’avoir augmenté les taxes sur le carburant, l’immobilier, Internet, les denrées alimentaires et d’autres biens de consommation. Le pays a été le premier protagoniste du Printemps arabe et les attentes qu’une nouvelle phase historique commence étaient très élevées. Toutefois, la Tunisie se trouve une fois de plus dans une phase d’incertitude. L’espoir d’une transition démocratique rapide – surtout si l’on regarde ce qui s’est passé en Libye et en Syrie – semble de moins en moins évidente aujourd’hui. Les espoirs de la population en ce qui concerne une plus grande justice sociale et une amélioration de leurs situations socio-économiques se sont progressivement évanouis. L’augmentation des flux migratoires est également un facteur à prendre au sérieux, car la Tunisie, jadis pays de transit, est devenue un pays de départ pour des milliers de personnes qui, poussées par l’instabilité, décident de partir à la recherche d’une meilleure vie ailleurs.

Une étude récente de l’Institut d’études politiques internationales (ISPI) montre que les protestations auxquelles nous assistons ces dernières semaines sont plus dangereuses que celles de 2011, parce que l’espoir et l’enthousiasme qui animaient la saison de changement ont été remplacés par la désillusion et la colère, étant donné que les changements n’ont pas pris le chemin espéré.

Ce mécontentement est alimenté par la persistance de nombreux problèmes du pays, tels que le chômage, estimé aujourd’hui à 15,3 % et en hausse ; une main-d’œuvre employée dans le secteur informel ; d’importantes disparités régionales à combler et une inflation en hausse rapide qui cause la dépréciation du dinar par rapport à d’autres monnaies.

Nous pouvons enregistrer une augmentation significative des garanties dans le domaine des droits civils de la population, mais cela s’accompagne d’une augmentation inquiétante du phénomène de la radicalisation des jeunes Tunisiens. Ce phénomène a trouvé dans les nouvelles technologies et dans les médias sociaux un important instrument de diffusion d’une propagande agressive en faveur des mouvements islamistes radicaux. Ceci est démontré par les recherches de l’Union européenne qui montrent que la Tunisie est l’un des pays d’où est envoyé le plus grand nombre de messages de soutien sur les médias sociaux à des organisations comme ISIS.

Beaucoup de gens craignent qu’en l’absence d’un véritable changement, la situation puisse se détériorer à nouveau rapidement.

Helpcode a commencé à opérer en Tunisie en menant un projet financé par l’Union européenne qui vise à promouvoir le rôle des jeunes et des femmes dans les initiatives d’éducation à la paix, dans le cadre d’un plan plus large de prévention de l’extrémisme violent. Cette approche s’inscrit dans la stratégie internationale de lutte contre le radicalisme par l’éducation comme moyen de prévenir la violence et l’extrémisme religieux. L’approche est basée sur l’éducation à la citoyenneté mondiale, afin de transmettre aux jeunes élèves le respect des droits de l’homme, de la justice sociale, de l’équité de genre et de la durabilité environnementale en tant que valeurs fondamentales. La famille, la communauté et, de plus en plus, les médias sont impliqués dans ce travail de prévention.

En Tunisie, nous travaillons avec les nombreuses associations de femmes qui s’engagent à promouvoir la paix au quotidien. Nous pensons qu’il est essentiel de renforcer les groupes et les réseaux locaux pour promouvoir l’équité de genre, combattre la discrimination et construire une culture de la paix qui commence par la participation des citoyens. Nous avons établi à cette fin un partenariat avec l’organisation tunisienne IDH (Centre international pour le développement humain), qui se compose presque exclusivement de femmes et a un rôle consultatif au sein de la plate-forme nationale de lutte contre le terrorisme.

Nous nous efforçons également de lutter contre la cyberintimidation et la diffusion de discours haineux (hate speech) sur Internet et dans les médias sociaux par le biais de messages positifs qui favorisent un changement substantiel pour les personnes qui courent un grand risque de radicalisation.

Enfin, notre intervention se concentre sur la périphérie de Tunis et dans la région de Tataouine au sud du pays, des zones identifiées comme prioritaires pour accroître la capacité des jeunes et des femmes à devenir des acteurs clés du changement positif et renforcer leur résilience et celle de l’ensemble de la communauté face à l’extrémisme violent.

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