En République Démocratique du Congo, les filles sont souvent accusées de sorcellerie et abandonnées par leurs familles. Comme cela est arrivé à Kamanya qui nous a raconté son histoire.

« Tu es une sorcière, c’est toi qui causes des malheurs à notre famille ». Voici les mots que Kamanya, née à Bukavu dans la région des Grands Lacs au Congo, a entendus alors qu’elle n’avait pas encore 8 ans.

Des accusations qui même aujourd’hui, bien qu’elle soit devenue adulte, Kamanya n’arrive pas à oublier. Il y a en fait des milliers de garçons et de filles qui en République Démocratique du Congo sont accusés de sorcellerie et pour cette raison marginalisés de la société. Dans un pays où la magie noire fait encore partie de la culture traditionnelle, « les petits sorciers » sont contraints à grandir seuls, dans la rue, sans que personne ne prenne soin d’eux, dans une extrême pauvreté. « Ils m’ont dit que j‘étais une sorcière parce que je n’allais pas à l’école et je préférais rester parmi les arbres et je passais beaucoup de temps seule. Pour cette raison, ils ont pensé que j’étais bizarre et ils ont commencé à m’isoler ». Quand elle n’était qu’une enfant, Kamanya, comme cela arrive souvent aux plus petits, préférait jouer et s’amuser loin de l’environnement scolaire. « Je me cachais dans les bois, dans les arbres et quand ils me trouvaient ils me disaient que j’étais folle ». Après avoir perdu sa maman, Kamanya est restée seule. Son père n’a pas voulu la connaître et encore moins la voir grandir et ses grands-parents l’ont abandonnée l’accusant d’être une sorcière.

« Ils m’ont même frappée violemment pour cette raison, ils me battaient avec un bâton et je m’enfuyais ». Pendant qu’elle parle, Kamanya semble raconter l’histoire d’une autre personne. Son sourire envahit tout l’écran de mon ordinateur et, même si nous sommes à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, internet nous permet de parler pendant quelques instants comme si nous étions dans la même pièce.

 

 

A côté d’elle se trouve Bienvenue, le médiateur qui l’a suivie et protégée durant ces années, depuis qu’elle est arrivée au centre Ek’abana, le foyer fondé en 2002 et qui a sauvé des centaines et des centaines de filles de la rue, de l’exploitation et des accusations de sorcellerie. Depuis 2016, Helpcode soutient tous les enfants qui sont hébergés.

« Aujourd’hui mon rêve est de connaître mon père, je l’espère de tout mon cœur », me raconte Kamanya. Un désir qui peut-être ne se réalisera pas, car son père a refusé de l’avoir à ses côtés et continue de l’accuser d’être une sorcière.

Une habitude que les parents adoptent souvent pour se débarrasser de leurs filles non désirées et, dans certains cas, considérées uniquement comme une bouche supplémentaire à nourrir. Un problème et non pas une ressource, une fille à aimer.

« Mes études terminées, j’aimerais débuter une activité personnelle d’artisanat – continue Kamanya -. Entretemps, je continue à faire du bénévolat à l’hôpital général de la ville, dans le département dédié aux enfants mal nourris. On m’a aidée à grandir et aujourd’hui je veux rendre la pareille ».

La version originale de cet article a été publiée dans le Vanity Fair Italia du mois de Novembre 2017.  https://www.vanityfair.it/news/storie-news/2017/11/07/congo-bambine-streghe-storia

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